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Cécile en Janvier 2012 #3

  • Cécile
  • 31 janv. 2012
  • 5 min de lecture

A toi qui me lis…

Chers tous,

Qu’il est émouvant de vous retrouver. Je sais maintenant que vous êtes nombreux à me lire et cela me donne le trac !

Une question : ne pensez vous pas que j’ai manqué d’humilité en appelant ma newsletter « pétition pour l’amour »… ?

Manquais-je tellement d’amour, avant de découvrir cette maladie en moi ? Non, effectivement, je ne crois pas et pourtant j’en ai crié ma demande, ma soif.

A y réfléchir de plus près, je me suis rappelé ce que vous savez tous, c’est qu’en français il n’existe qu’un mot pour dire « amour »… alors je me suis détendue, Cécile… pourquoi avoir peur de ce mot, il est souvent notre seul moteur dans la vie.

Cependant, grâce à vous maintenant, je découvre de plus en plus L’Amour qui nous dépasse et vient de tellement plus grand et lumineux que nous. Il souffle sur notre mystère humain et véhicule ce que vous m’envoyez et que je reçois, même si nos chemins physiques ne se croisent pas. Oui, vous êtes géniaux…

Un jour de fatigue qui m’envoya au « trou » de la désespérance, je vous ai tous imaginés avec une petite bougie dans la main… vous étiez si nombreux que d’un coup la chaleur de toutes ces flammes m’a portée, je me suis sentie légère. Instantanément, mes « turpitudes » ont perdu de leur poids… vous étiez si souriants à côté de moi… j’ai souri, aussi, en chœur et en cœur… Et revenons maintenant sur mon « parcours santé » et les 4 étapes que j’ai eues à traverser depuis mi-décembre : Noël, nouvel an, première chimio et une quatrième qui me prit de plein fouet car celle là je ne l’avais pas prévue. Je vous raconte.

Afin de parfaire ma récupération des ponctions qui se sont si mal passées, toute la famille Hyvert part à la montagne. Les enfants heureux, skient. Philippe et moi sortons pour la petite balade quotidienne. Nous passons devant quelques commerces faisant face au démarrage des pistes. Moi qui étais arrivée péniblement jusque là, je vois toute cette foule joliment bariolée, comme seuls savent le faire des skieurs, s’égayer de toutes parts, en pleine énergie de vie joyeuse et sportive. En une seconde mon être s’effondre… et ressens : je ne fais plus partie de ce monde là.

Me voilà renvoyée au monde des gens « à part », à la solitude de la différence. Oh comme j’aurais aimé être comme eux, pleine d’une vie de vacances, oublieuse du cancer qui poursuivait sa route en moi. Mais ma réalité était autre. Je me suis sentie appartenir à la communauté des malades, une sensation brûlante de différence et de panique face à l’avenir. J’avais toujours fait partie du groupe des nantis, me voilà propulsée dans le groupe des fragiles… j’entends certains me dire : « Cécile tu vas guérir, tu pourras refaire du ski ». C’est probablement vrai, mais ma réalité quotidienne du jour est d’être dans le groupe de ceux qui s’allongent sur les fauteuils de chimio…

Philippe a été top, il a juste aimé mes larmes. Instinctivement, il a su que tenter de rassurer trop vite une personne qui souffre, c’est faire fi de sa souffrance. Noël : Nous nous sommes tenus chaud tout heureux d’être si bien en famille. Je me suis laissée porter, quel bonheur !... j’ai aussi, vous me connaissez, réfléchi un peu plus que les années précédentes, cherché le sens que je pouvais mettre à ce Noël là.

La nativité… chaque année nous fêtons l’espoir du sauveur et la force du nouveau né. En effet, pour la première fois Noël avait un sens, il me parlait concrètement. D’habitude la partie commerciale m’agace, en étouffe le sens profond. J’avais oublié Noël signe de vie, espoir à reporter chaque jour dans un berceau de bienveillance. Bien que notre terre soit malaxée de souffrance humaine, une bonne partie de l’humanité fait renaître un petit être en devenir, chaque année depuis 2000 ans, c’est peut-être pas pour rien...

Pour moi ce fut le plus beau des Noël. Nouvel an… J’ai détesté me dire qu’on allait me faire des vœux, que la sollicitude allait être grande, peut-être signe de la peur… que je n’allais pas pouvoir ni danser (et certains d’entre vous savent combien j’aime cela), ni manger autre chose que ma purée de pomme de terre faite certes avec amour. Nouvel an appuyait là où ça fait mal, je fais partie de la communauté des malades. Et puis, petit à petit, vos vœux sont arrivés, écrits avec tellement de délicatesse et d’amour que finalement je me suis laissée fondre. Et j’ai osé ressentir combien vous me rejoigniez dans mon intime. Merci d’avoir osé ces mots… ils n’ont peut-être pas été si faciles à écrire !

J’ai une pensée tendre pour toutes les personnes qui ont une maladie chronique à pronostic létale. Effectivement, ce n’est pas simple la nouvelle année. Chers patients vous me l’aviez souvent dit. 3 janvier, début de cure de chimio… je vous en donnerai plus de détails dans la lettre de février car j’ai déjà bien abusé de votre patience à me lire…


Je vais juste vous raconter une anecdote qui m’a beaucoup appris :

1er jour visite de mon médecin qui vient prendre de mes nouvelles :


« Bonjour Mme Hyvert, en forme pour ce démarrage de cure ? Oui madame… » et là je la regarde dans les yeux et lui demande quelque chose comme : « ça y est, on y est, j’y suis, la chimio démarre… vous y croyez… je peux guérir ? »


Grand silence, l’infirmière et Philippe se taisent aussi.. Silence sacré dirais je. Et d’un coup la doc reprend sa respiration et me dit, avec une émotion qu’on peut lire sur son regard et qui n’est pas que de la surprise : « Bien sûr, on ne fait pas tout cela pour rien… »


Et là c’est moi qui détourne mes yeux humides. « Merci Madame, j’ai besoin de vous pour traverser l’épreuve ».


Grâce à cet échange, j’ai pris conscience que je savais mettre des mots sur l’alliance thérapeutique intellectuelle (je sais que mon médecin est intelligent et compétent) mais, sans l’avoir prémédité, je peux maintenant ressentir l’alliance affective. J’avais impérieusement besoin que la médecine, si elle ne peut pas m’assurer la guérison, marche avec moi, sentir que mon médecin a un désir profond et donc émotif, de me soigner… moi.

Mme, Mr les médecins, les patients ont besoin de sentir que vous croyez en eux. Cette première cure m’a éteinte environ 10jrs et probablement surtout à cause de mes peurs. Aujourd’hui quand je vous écris, je savoure combien je me sens bien. Je pourrais presque en oublier ma maladie si le soir dès 20h30 je ne rêve que d’une chose… retrouver ma couette en espérant passer une bonne nuit. Je voudrais terminer cette longue lettre en vous faisant part de la merveilleuse remarque de notre fils Eliot, 14 ans…

«Maman, comment font tous les gens qui n’ont pas autant de famille et d’amis que toi?» Voyez combien il a conscience que vous tous, vous m’êtes précieux sur cette route.


Merci et n’hésitez pas, continuez à m’envoyer de tous les amours qui vous enchantent le cœur ou l’âme. Je vous embrasse et forme le vœu que toute la lumière que vous m’envoyez, nous soyons très nombreux à la recevoir.

La semaine prochaine je démarre la seconde chimio… je ferai un sourire de votre part à tous mes collègues de « fauteuils de chimio »… merci pour eux.

Recevez toute ma tendresse,

Cécile

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